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SYMPOSIUM ViiV | Inégalités et VIH : un défi commun ?

Préface

L’intérêt que suscitent ces quatre réflexions tient à la diversité des représentations des inégalités en santé. Ces lectures sont le reflet des rôles et des compétences de leurs auteurs, et de leurs convictions.
 
La SFLS avait décidé de la thématique de 2021 (Inégalités en santé et VIH) avant la Covid-19. Y réfléchir sous la loupe de la pandémie s’est révélé encore plus instructif. L’attestent les notions discutées ici, beaucoup s’imposent à notre attention. 
 
Les propos de Luc Ginot aiguillonnent les cliniciens de terrain concernés par la mise en œuvre de l’action publique et la coordination régionale de la lutte contre le VIH. Il pointe la compréhension opérationnelle que les politiques publiques ont des analyses des sciences sociales. Cette relative autocritique, accentuée par la crise sanitaire, soulève un enjeu de taille qui concerne tout le monde : nous avons tous les outils pour mettre fin à l’épidémie de VIH, mais comment passer d’une offre de soins théorique à une offre de soins pratique, coordonnée, équitable, réellement agissante ? 
 
Compréhension théorique, compréhension opérationnelle, obstacles à identifier et à surmonter, tels sont les trois étages de la lecture de Luc Ginot. Elle rappelle celle familière au clinicien : 1) la recherche fondamentale, sur laquelle s’appuie 2) la conception des essais comparatifs et 3) la valeur opérationnelle de ces résultats – évalués en vie réelle.  
 
Autre idée d’importance : l’égalité de droit et d’accès à la PrEP. La prophylaxie préexposition est une évolution positive de la stratégie de prévention de la transmission du VIH. Reste à savoir comment toucher les personnes les plus vulnérables et éloignées des réseaux de soins, qui méconnaissent la PrEP et/ou qui redoutent la discrimination. La dimension territoriale d’une politique publique et « l’aller vers », notion énoncée par Anne Simon, n’impliquent pas seulement les acteurs communautaires chargés de prévention. Elles embarquent la société civile (Luc Ginot) et les professionnels de santé. Un diagnostic territorial, une décision concertée et l’apport des sciences sociales, pour atteindre les publics ciblés et réduire les inégalités – voilà ce qui fonde les dispositions à prendre. 
La promotion de la santé sexuelle, la pédagogie sont au cœur de la seconde feuille de route (2021-2024) de la Stratégie nationale de santé sexuelle (SNSS). Elle est, au sein de l’Éducation nationale, un préalable à la lutte contre les inégalités sociales et territoriales d’accès à la santé (Jean-François MBaye). « Covid-19 : la carte de la vaccination, miroir grossissant des inégalités sociales en France » titrait le journal Le Monde pour résumer la conclusion du troisième volet de l’enquête EpiCoV (Épidémiologie et conditions de vie), consacrée à la vaccination. Rapportées à la SNSS, qui inclut la prévention et le dépistage du VIH, l’enquête confirme que la priorité doit être donnée aux catégories sociales les moins favorisées, aux personnes les moins diplômées, aux plus bas revenus, aux personnes immigrées. Elle relève aussi l’inégalité des capacités à lire l’information, à l’entendre. La défiance envers les gouvernements et les scientifiques s’oppose à l’exercice d’un esprit critique – en confiance précisément. Ce dont rend compte la notion de littératie.   
 
Autre notion, essentielle à bien des égards mais plus épineuse. On ne peut que souscrire à l’analyse de Gabriel Girard lorsqu’il fait de l’approche communautaire « par le bas » un levier de l’empowerment. Ce qu’illustre le travail de l’association Nouvelle Aube. Partir des besoins exprimés par le terrain, développer des politiques « ascendantes » a beaucoup de sens du point de vue de l’appropriation des actions de lutte contre les inégalités. Qu’une telle politique tire son origine d’une histoire spécifique, celle du VIH, c’est l’évidence. Pour autant ne faut-il pas inscrire la prévention contre le VIH dans un plan plus global, comme le sous-tend la SNSS ? Gabriel Girard lui-même interroge l’exceptionnalisme du VIH. Il m’apparaît que pour mettre fin à l’épidémie de Sida, il faut élargir le cadre de la prévention et décliner cette approche globale à l’échelle d’un territoire, en ayant connaissance du parcours de vie des personnes les plus exposées. Jean-François MBaye a raison de souligner la nécessité d’articuler la stratégie nationale à la connaissance que le terrain a des inégalités en santé. 
 
Ce développement n’est pas contradictoire avec la vigilance que requiert le mot d’ordre de l’ONUSIDA : Mettre fin à l’épidémie de sida d’ici à 2030 ! Cet horizon mobilisateur ne doit pas paradoxalement conduire les politiques publiques à se désengager, comme si, en 2022, la page était déjà tournée. Ce serait commettre une grave erreur. Par quoi l’on voit que le chemin proposé suit une ligne de crête, périlleuse mais nécessaire, puisqu’il s’agit de plaider pour une approche globale en santé sexuelle (dont le but est de réduire les inégalités spécifiques au VIH et de combattre la sérophobie, cette « exceptionnalité triste » – Gabriel Girard) et d’alerter les responsables politiques qu’il serait tout aussi contre-intuitif de tempérer la lutte contre le VIH. 
 
Pascal Pugliese, président de la Société française de lutte contre le sida
 

22e Congrès National de la Société Française de Lutte contre le Sida
29 septembre au 1er octobre 2021
Grenoble - En présentiel et virtuel

Symposium ViiV - Inégalités et VIH : un défi commun ?

Reportages vidéos

Nouvelle Aube

   

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Glossaire

ARS : Agences régionales de santé

CeGIDDs : Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic des infections par les virus de l'immunodéficience humaine, des hépatites virales et des infections sexuellement transmissibles.

Trod : Test Rapide d'Orientation Diagnostique

PrEP ou Prophylaxie Pré-Exposition : Principe de prévention, la Prep s'adresse aux personnes qui n'ont pas le VIH et consiste à prendre un médicament afin d'éviter de se faire contaminer.