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SYMPOSIUM ViiV | Inégalités et VIH : un défi commun ?

Réduire les inégalités en santé : trois dynamiques

J’acquiesce à ce qui a été dit a) de l’importance de l’histoire de la lutte contre le VIH, en particulier la dimension communautaire, b) du fait que l’on ne peut faire l’impasse sur le rôle d’un système qui, en France, assure l’accès aux soins, avec toutes les limites que l’on connaît, que la COVID a soulignées, mais qui constitue un socle dont il faut être conscient, sauf à le fragiliser. 
 
1. Pour les pilotes de politiques publiques, il est fondamental de ne pas confondre la lutte contre les exclusions et leur impact sur la santé avec la lutte contre les inégalités de santé. A fortiori dans le domaine du VIH/sida où les inégalités sont vues à travers la notion de groupe à risques. Or ces groupes à risques sont eux-mêmes traversés par des questions d’inégalités. Confondre les notions de groupes à risque et d’exclusion avec la notion d’inégalités crée des trous aveugles et fragilise la mise en œuvre de politiques structurelles. C’est l’exemple du jeune qui, aux confins de l’Île-de-France, est en recherche d’identité sexuelle et ne se retrouve pas dans ces politiques fondées sur les notions de groupes à risque ou d’exclusion. 
 
2. Pilotes de politiques publiques, nous ne sommes pas allés au bout d’une compréhension non pas théorique mais opérationnelle de ce que les données des sciences sociales (cette connaissance sur la construction du risque, les pratiques de la prévention et l’accès aux soins) offrent comme possibilités de travail. Il y a aussi un besoin de caractérisation. En France, caractériser les inégalités sociales est une difficulté parce qu’il n’y a pas de données de routine informatives qui permettent de les traiter, exceptées celles de la sécurité sociale et de la CMU. Donc, connaître.
 
3. Un autre point serait, de manière opportune, de tirer les conséquences de ce que l’on a appris de la crise COVID. Du point de vue d’une ARS, on a, non pas découvert mais déplissé un certain nombre de mécanismes dans le rapport à l’emploi, au logement, aux discriminations, notamment aux mécanismes urbains des discriminations, ces aspects insuffisamment travaillés, au moins en termes d’interventions publiques. La fragilité de l’emploi ou encore les formes plus classiques de ségrégations urbaines, tel que le non-accès aux transports, sont des obstacles décisifs aux stratégies de dépistage. Donc, tirer les conséquences de la COVID. 
 
4. Il est de la responsabilité des agences régionales ou des politiques publiques de créer, du moins d’aider à la création de conditions non pas strictement politiques mais sociales qui, par exemple, visent à obtenir l’égalité de droit et l’égalité d’accès à la PrEP. On ne les obtiendra que si l’on crée des conditions politiques sur tout le territoire en impliquant les associations communautaires et les professionnels, mais aussi une partie du corps social, les associations de quartier, les élus, etc. Une autre responsabilité, sur laquelle nous sommes parfois interrogés de manière sévère et légitime, qu’il faut toujours remettre sur le métier, relève de la hiérarchisation des moyens, de leur régulation et de leur affectation, prioritairement aux territoires qui en ont le plus besoin. Or, au quotidien, la correction des inégalités se heurte à des obstacles, même après que l’on a compris leurs mécanismes. Nous avons donc besoin à la fois de leviers politiques et sociaux, et des leviers de régulation les plus directement à la main de l’agence. 
 
5. La notion d’« aller vers » ne concerne pas que le milieu associatif, communautaire, c’est une obligation pour l’ensemble du système de soins, le secteur hospitalier et le secteur médico-social. Vue sous cet angle, la crise sanitaire ouvre de nouvelles perspectives. 
 
6. Les inégalités en santé ont fait la Une des journaux, revalorisant leur inscription dans l’agenda social. On peut finalement distinguer trois dynamiques. La première, historique, et bien connue, est celle du mouvement communautaire. La deuxième est celle qui se constitue lorsque des représentants d’une communauté s’emparent d’un sujet, comme le font de nombreuses associations de proximité. La troisième concernerait la société civile. Il y a par exemple un mouvement qui se constitue en faveur de la vaccination contre la COVID qui allie pouvoirs publics, associations de locataires et bailleurs sociaux. Ces initiatives devraient se généraliser, relayées par des syndicats, associations de parents d’élèves, de quartier, etc., élargissant le cercle des implications au-delà des associations d’usagers.
 
Ces avancées sont issues de la crise du COVID, mais elles me semblent pouvoir irriguer l’ensemble du champ de la santé publique, et d’abord celui du VIH, en ouvrant de nouvelles voies –celles d’une appropriation démocratique élargie – à l’action pour la réduction des inégalités de santé.
 
Dr. Luc Ginot, directeur de Santé publique à l'ARS Île-de-France, Paris
 

22e Congrès National de la Société Française de Lutte contre le Sida
29 septembre au 1er octobre 2021
Grenoble - En présentiel et virtuel

Symposium ViiV - Inégalités et VIH : un défi commun ?

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Glossaire

ARS : Agences régionales de santé

CeGIDDs : Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic des infections par les virus de l'immunodéficience humaine, des hépatites virales et des infections sexuellement transmissibles.

Trod : Test Rapide d'Orientation Diagnostique

PrEP ou Prophylaxie Pré-Exposition : Principe de prévention, la Prep s'adresse aux personnes qui n'ont pas le VIH et consiste à prendre un médicament afin d'éviter de se faire contaminer.