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SYMPOSIUM ViiV | Inégalités et VIH : un défi commun ?

L’approche communautaire « par le bas » 

En tant que sociologue, le sujet des inégalités évoque quelques principes fondamentaux de la lutte contre le VIH-Sida :  
 
1. L’approche communautaire « par le bas » permet d’analyser les problèmes et de définir des solutions à partir de ce que vivent les personnes concernées. Ce principe d’action conditionne la mise en place de solutions adaptées et justes – au sens de la justice sociale et de l’adéquation de ces solutions aux besoins des populations. L’approche ascendante est un levier de l’émancipation, de l’empowerment. Ces termes résonnent d’autant que les populations concernées par l’épidémie de VIH cumulent un certain nombre de discriminations, vulnérabilités, inégalités : hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, travailleuses du sexe, personnes immigrées, usagers de drogue, personnes trans. Le travail de l’Association Nouvelle Aube est un exemple du « par et pour » les populations concernées. Les besoins sont définis par les personnes qui vivent les situations, et des solutions pérennes, facteurs d’émancipation, sont imaginées et expérimentées par elles aussi. 
 
2. Le cumul de ces discriminations/inégalités est à prendre en compte, et aussi leur articulation : inégalités socioéconomiques, de genre, liées à la couleur de peau, au racisme, aux LGBTphobies. Les sciences sociales contribuent à en analyser la complexité. L’intersectionnalité est le terme qui désigne la manière dont ces discriminations se croisent, se surajoutent et constituent des situations de vulnérabilités spécifiques, criantes dans le cas du VIH-Sida. 
L’expérience du VIH s’est diversifiée au cours des deux dernières décennies : des gens vivent bien avec le VIH, tous n’ont pas les mêmes besoins. Il est indispensable d’analyser par exemple la population des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes non pas comme un bloc homogène mais un groupe social traversé par des inégalités. C’est un défi et un engagement collectif que de considérer cette diversité, d’y répondre au mieux, de définir des politiques publiques inclusives. 
Les chercheurs en sciences humaines doivent aussi faire de la science tournée vers la société, participative, soucieuse de transmettre ses résultats, et de collaborer avec les personnes/communautés concernées, les milieux de soins. Il n’y a pas de science « impure ». Des modèles existent, comme la recherche communautaire, qui ont fait leur preuve.
 
3. La lutte contre le VIH-Sida a des acquis à faire valoir. Or l’épidémie de COVID-19 a souligné bruyamment à quel point il était difficile de se faire entendre des décideurs, des pouvoirs publics. En témoigne l’absence de concertation, de prise en compte de la société civile dans la définition des mesures sanitaires nationales et l’appréhension de leurs conséquences sociales auprès des populations les plus vulnérables. Dépositaires d’une histoire de 30/40 ans, les acteurs et actrices de la lutte contre le Sida auraient eu des arguments à présenter en termes de compréhension de ces publics et de logique d’action, d’analyse de la manière dont ces inégalités sociales en santé pèsent et dont on peut agir pour les réduire. Si des actions ont été accomplies au niveau local et régional, d’un point de vue global et structurel domine le sentiment de ne pas être écouté. 
La crise COVID révèle l’importance d’une santé publique alliant la diversité des pratiques, celles des professionnels de santé, chercheurs, militants, communautés concernées, pour résoudre les tensions, créer des services adaptés aux populations qui ont des réticences ou des difficultés à pousser la porte d’un centre de dépistage par exemple. Les TROD illustrent la façon dont se construit cet espace qu’est la lutte contre le sida, via des frictions et désaccords : avant les années 2010, la réalisation de ce dépistage par les associations a pu être vécue comme une concurrence par certains soignants. Or l’action associative dans ce domaine enrichit l’offre et permet de toucher des personnes dans des situations vulnérables.
 
Peut-on toujours parler d’exceptionnalisme du VIH ? La réponse est contrastée. La maladie s’est chronicisée, le militantisme transformé, même si, en France, le mouvement Sida reste militant et inspiré par l’approche communautaire, alors qu’il est parfois plus institutionnalisé dans les pays anglo-saxons. Malheureusement le poids de la sérophobie en fait encore une maladie exceptionnelle : on reproche aux gens ce qu’ils sont, d’être séropositifs, on cherche les raisons pour lesquelles ils le sont devenus. C’est un facteur d’exceptionnalité triste.
 
M. Gabriel Girard, sociologue de la santé, chargé de recherche à l’Inserm, Marseille. 
 

22e Congrès National de la Société Française de Lutte contre le Sida
29 septembre au 1er octobre 2021
Grenoble - En présentiel et virtuel

Symposium ViiV - Inégalités et VIH : un défi commun ?

Reportages vidéos

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Glossaire

ARS : Agences régionales de santé

CeGIDDs : Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic des infections par les virus de l'immunodéficience humaine, des hépatites virales et des infections sexuellement transmissibles.

Trod : Test Rapide d'Orientation Diagnostique

PrEP ou Prophylaxie Pré-Exposition : Principe de prévention, la Prep s'adresse aux personnes qui n'ont pas le VIH et consiste à prendre un médicament afin d'éviter de se faire contaminer.